LOUIS DE ROUVROY DUC DE SAINT-SIMON

Saint-SimonLouis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, vint très jeune à La Ferté-Vidame, où il fut souvent parrain de ses vassaux en l'église Saint Nicolas (reconstruite par son père en 1659-1660).

Il est certain qu'il noua dans la région de solides attaches seigneuriales, familiales et religieuses qui ne se relâcheront pas tout au long de sa vie. Il participe en 1692 comme mousquetaire au siège de Namur (il a alors 17 ans). L'année suivante, il est engagé dans la bataille de Neerwinden.

Déçu dans son espoir d'illustrer son nom par la carrière militaire, Saint-Simon quitte l'armée en 1702 (réforme de son régiment de cavalerie) pour n'être plus qu'un courtisan assidu à Versailles ; il y sera l'observateur que l'on sait de la fin du règne de Louis XIV et des débuts de celui de Louis XV.

Son rang et ses mérites lui semblent insuffisamment reconnus jusqu'en 1715, date où le duc d'Orléans, son ami, Régent de France, le nomme au Conseil de Régence, avant de l'envoyer en ambassade extraordinaire à Madrid pour le mariage du Roi ; mais la mort du Régent en 1723 met fin à sa carrière politique. Saint-Simon se retire alors de la cour, tout en y gardant son appartement versaillais, sa vie durant, pour les cérémonies officielles et la commodité de ses enfants.

A partir de cette date, il se partagera surtout entre ses successifs hôtels particuliers à Paris (en location) et sa résidence d'élection, le château de La Ferté-Vidame, sa "seule terre bàtie", qu'il continuera à aménager à la suite de son père, avec des moyens relativement restreints par rapport à ceux des grandes familles équivalentes du Royaume.

Disposant à Paris d'une documentation sans cesse accrue (environs 6 000 volumes et un cabinet de manuscrits dont une bonne partie se trouve conservée aux Archives Diplomatiques), il décida d'entreprendre la rédaction de ses mémoires à la suite de la lecture qu'il lui sera donnè de faire de ceux du Maréchal de Bassompière, lors d'une de ses campagnes militaires à l'âge de dix neuf ans et, à partir de laquelle, il ne laissera pas de noter ses impressions.

Les"Grandes Heures de Monseigneur" seront un document précieux sur le grand théâtre versaillais au couchant du Roi Soleil et les prémices du règne du" Bien Aîmé", si fragile surgeon de la tige royale de Bourbon, enrichissant ses souvenirs et ses observations, tout en recourant aux témoignages de ses contemporains (tout particulièrement le Journal du Marquis de Dangeau dont il avait une copie annotée), à des documents diplomatiques (ceux de Torcy), sans négliger la consultation d'ouvrages spécialisés (histoire, généalogie et cérémonial).

Ce grand seigneur se déchaîne contre les parvenus, les parlementaires, les bourgeois ("le règne de la vile bourgeoisie"), et il accuse Louis XIV de leur avoir donné des pouvoirs aux dépens de sa caste. Mais cette oeuvre révèle un écrivain original, maître dans l'art du portrait et de la fresque, dont le style hardi, brisant les contraintes du classicisme, fera dire à Chateaubriand : " Il écrivait à la diable pour l'immortalité".

Achevés en 1753, les Mémoires furent confisqués après sa mort et des embarras successoriaux et financiers, à l'initiative de Choiseul en 1763, au Ministère des Affaires Etrangères, où ils furent conservés depuis ; quelques privilégiés en eurent connaissance et en firent des extraits lus dans des salons parisiens puis publiés peu à peu. La première édition importante, sous le nom de Saint-Simon, date de 1788-1789 ; elle fut suivie d'autres éditions d'extraits avant celle de 1828-1830, donnée plus scrupuleusement par le marquis de Saint-Simon, arrière-petit cousin de l'auteur, l'édition, parue en 1856, donnant le texte intégral. Les romantiques accueillirent avec enthousiasme cette oeuvre monumentale, passionnante et passionnée, que les lecteurs ultérieurs n'auront de cesse d'apprécier pour son originalité, pour ne rien dire des historiens, qui la pilleront tout en la critiquant parfois.

Conformément à son souhait, Saint-Simon a été enterré, avec son épouse, dans l'église de La Ferté-Vidame. Mais au moment de la Révolution, le caveau fut profané et leurs ossements jetés à la fosse commune.