LE SEIGNEUR LE CURE ET SON VICAIRE:
LE DUC DE SAINT-SIMON PAROISSIEN ET
L'EDUCATION A LA FERTE AVANT 1789

Paru dans Bulletin Municipal de La Ferté-Vidame (1988-1989, p. 41-45)

 

 

Attentif à ses droits comme à tous ses devoirs de seigneur, à ses yeux indissociables de ceux du chrétien, tel apparaît immuablement Saint-Simon qu’un d’Argenson vindicatif qualifie aussi outrancièrement qu’injustement « d’anthropophage dévot » ; on conviendra, en passant que certains emportements du mémorialiste, encore que motivés politiquement et moralement, à l’égard du duc du Maine, l’un des bâtards de Louis XIV, compromis  dans  la  conspiration, dite « de Cellamare », sous la Régence, aient pu expliquer l’épithète du marquis, le duc ayant atteint à la férocité dans ses diatribes à l’égard d’un personnage présenté sous les plus noirs aspects ; sauf à avouer que la charité ne « l’avait pas toujours tenu dans une bouteille »..., mais  « la Charité qui commande d’aimer son prochain comme soi-même, sa lumière ne peut être la mère de l’aveuglement ; aussi permet-elle de se défendre et d’attaquer même les méchants, pour n’être pas des stupides et des dupes continuelles » (1).

 De sa dévotion, on sait qu’elle fut sincère et somme toute tempérée par une largeur de vue et une tolérance rares en cette époque, tant à l’égard des jansénistes qu’à celui des protestants (2) ; de ce « culte raisonnable » au demeurant, « fuyant la folie des extrémités qui n’ont d’issue que les abîmes,..., en mettant notre sagesse sous la mesure de la sobriété », on conserve la trace ça et là parmi les papiers des Archives, indépendamment de ce qui en transparaît discrètement dans les Mémoires (3). Paroissien de l’Église Saint-Sulpice à Paris, en ce faubourg Saint-Germain où étaient établies ses quatre résidences successives, Louis de Saint-Simon l’était aussi de celle de Saint-Nicolas de La Ferté-Vidame, édifiée grâce aux libéralités de son père ; encore que le duc ait disposé d’une chapelle privée dans son château (4), il n’y a pas lieu de penser qu’il ait manqué d’être assidu aux offices marquants, à son banc seigneurial, en une église dont les registres attestent du moins que les Saint-Simon accordaient volontiers, et sur place, leur parrainage aux enfants de leurs vassaux (5).

De ses rapports avec le clergé du lieu, on peut juger qu’ils furent empreints d’estime par l’éloge qu’il a réservé à celui des desservants qu’il vit le plus durablement en fonction, et le compliment n’est pas mince, en effet, sous la plume d’un homme qui ne les galvaudait pas. Gabriel Lepeltier, « prêtre prieur de La Ferté et Lamblore » (6), n’apparaît-il pas comme «  le curé de La Ferté qui était homme d’esprit et savant » (7) ; c’est de lui que le mémorialiste, orfèvre dans l’art de la conversation, tiendra le si pittoresque récit du séjour que le fastueux cardinal de Bouillon (8), d’un orgueil incommensurable, fit dans la cité, le duc absent, ayant mis son château à sa disposition. N’échappait-il pas au prélat de dire, en sortant de l’église à ce qui s’y trouvait : « Regardez et remarquez bien ce que vous voyez… un cardinal-prince, Doyen du sacré Collège, le premier après le Pape, qui dit la messe ici! Voilà ce que vous n’avez jamais vu et que vous ne reverrez pas après moi! » (9), aussi «  jusqu’au peuple riait-il, à la fin, de la vanité déplorable » de l’outrecuidant dignitaire. Hormis cette unique mention, il n’avait pas été donné de retrouver Gabriel Lepeltier autrement que par l’exercice de son ministère, à l’évidence jalonné tout au long des registres paroissiaux (10).

C’est à l’occurrence particulièrement marquante pour la vie quotidienne de La Ferté qu’était la désignation d’un vicaire, qu’il nous a été possible toutefois d’entrevoir à nouveau le digne ecclésiastique. Si ses prédécesseurs immédiats, Bermen et Lefebure (11), bénéficièrent d’auxiliaires, successivement Oubert, en 1659, Suillard, en 1665, puis Nicolas Esdiard avant Legrand, en 1675, il semble que ce ne fut plus le cas ultérieurement et plus spécialement lorsque Louis de Saint-Simon hérita de la seigneurie. Il faut croire que l’entourage même du duc, dont les finances déjà fort embarrassées à la mort de son père, ne cesseront d’être précaires, ne laissait pas d’être sensible à une carence, qui avait les plus graves répercussions sur l’éducation des fertois. La situation ne devait-elle pas incliner Marie Gaultier, gouvernante des enfants du duc, et dont on vient ici de révéler l’existence, à « exprimer son intention de faire du bien à la paroisse de La Ferté, en contribuant à l’entretien d’un vicaire et à l’instruction des enfants dudit lieu ») (12) ?

Étant décédée avant d’y pouvoir souscrire, c’est à son frère que devait revenir de faire cette fondation peu après, comme il apparaît dans l’acte qui porte l’intitulé correspondant, en date du 21 janvier 1707, en l’étude de Maître Le Roy, notaire du duc à Paris (13) :
« Fut présent Florent Gaultier, commissaire ordinaire d’artillerie aux armées du Roy,... seul et unique héritier de défunte demoiselle Marie Gaultier, sa sœur, gouvernante des enfants de Monseigneur le Duc de Saint-Simon, pair de France, décédée le 9 septembre 1706, suivant son extrait mortuaire tiré des registres de la paroisse de Lamblore, dont l’original demeure conservé à La Ferté-Arnault, le 10 du présent mois, et demeuré annexé aux présentes (14), lequel a donné, à l’exception des réserves du Roy (15), aux syndic, manants et habitants de la paroisse du bourg de La Ferté-Arnault, pour eux le sieur Lelièvre, bourgeois de Paris, étant fondé de procuration à l’effet de représenter Jacques Bouvigny, habitant et syndic perpétuel de La Ferté, pour lui et pour les marguilliers et habitants dudit lieu, dont procuration jointe (16), cinquante livres de rente au principal de la somme de 1000 livres constituée par défunte Marie Gaultier, à son profit (17)… , pour satisfaire par le donateur à l’intention d’assurer l’établissement en partie de la nourriture d’un vicaire à La Ferté, lequel sera tenu de tenir une école tous jours ouvrables le matin et après-midi (18), pour enseigner gratuitement à tous les enfants mâles du bourg et paroisse, à lire, écrire, prier Dieu et le catéchisme,... (19) et encore à charge expresse par le vicaire de dire la messe en l’église paroissiale tous les dimanches et fêtes, de dix heures du matin et non plus tôt, si ce n’est que le prieur curé dudit lieu de La Ferté, ou ses successeurs, veuillent célébrer la grand messe paroissiale de onze heures, auquel cas ledit vicaire dira la sienne à telle heure que ledit prieur curé jugera à propos ».

En attendant une nomination qui pouvait prendre « quelque temps », il était prévu que les rentes versées feraient l’objet d’un placement ; de fait, près de deux ans après, la situation restait pendante et rendait nécessaire une notable « délibération de la communauté des habitants de La Ferté-Vidame pour l’établissement du vicaire en la paroisse », le 26 octobre 1708, suivie de la déclaration du 20 novembre suivant (20). Le procès-verbal auquel donna lieu cette assemblée est trop représentatif des mentalités et des préoccupations des fertois de l’époque pour ne pas donner lieu à la transcription de la partie majeure du document :

« A tous ceux qui ces présentes lirons, nous Lepeltier, licencié en droit, avocat en parlement, bailli au bailliage et chastellenie de La Ferté-Arnault (21), salut, savoir faisons que par devant Thomas Bon, principal tabellion juré, garde des sceaux audit lieu, soussigné, de la FertéArnault, tous assemblés dans la grande salle du château de La Ferté, lesquels, en présence de Très Haute et Très Puissante Dame Madame La Duchesse de Saint-Simon, et de M. l’Abbé de Labastie, Grand Vicaire du diocèse de Chartres, ont remontré qu’ils désireraient pouvoir en contribuant de leur part qu’il fût établi un vicaire en ce bourg, vu l’incommodité où ils sont, journellement et notamment les jours de fêtes et dimanches d’entendre la Sainte Messe, tant pour eux que pour leurs domestiques, joint qu’ils sont obligés de mettre leurs enfants aux écoles dans les paroisses circonvoisines (22) ; à quoi a été présent Maître Gabriel Lepeltier, prieur de ladite Ferté, lequel, de sa part, pour faciliter l’établissement d’un vicaire, a déclaré qu’il consent, cède à la personne qu’il plaira à Mgr. L’Evêque de Chartres envoyer en ce bourg pour faire les fonctions de vicaire dedans son église, ce consistant en l’étole blanche, qui est les mariages, baptêmes, sépultures des enfants et relevées de femmes…. De la part des habitants, ils se sont obligés à payer annuellement, de trois mois en trois mois, et par avance, pour aider à la subsistance du vicaire… » une somme globale de 113 livres, réparties entre une soixantaine de donateurs (23), au nombre desquels Jean Leroux, boulanger de son état, assurait 4 livres, matérialisées par la jouissance d’une terre d’un arpent et demi, à charge de quatre messes basses annuelles de son vivant et après sa mort. Pour l’ensemble, le vicaire se devait : « de célébrer la messe chaque jour de toutes les fêtes et dimanches de l’année, savoir en hiver à 7 heures du matin, et l’été à 6 heures du matin, à moins que le sieur Lepeltier, prieur, veuille dire la grand-messe aux dites heures, et alors le vicaire dira la sienne à 9 heures en été et dix heures en hiver (24) d’enseigner aux enfants de tous les habitants, gratuitement à ceux des pauvres, à lire et écrire, et tiendra tous les jours ouvrables les écoles ; et ce ouï par toutes les parties qui ont seulement signé avec nous, les autres ont déclaré ne savoir écrire ni signer ;  de ce arrêté au château de La Ferté-Vidame... Ont aussi signé Madame la Duchesse de Saint-Simon et ledit Grand Vicaire… ».

Aussi se trouve-t-on fort tenté de reprendre l’ironique énumération du fabuliste :

« Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes, et des leçons,
Et des versets et des répons,
Sieur Syndic, laissez-nous faire.
On vous en donnera de toutes les façons.
Il ne s’agit que de salaire» (25).

Le total des 113 livres octroyées par an ne constituait, somme toute, qu’une portion congrue pour le bénéficiaire, lequel ne sera désigné qu'en 1711, en la personne de Joseph Gardin. S’étaient adjoints les legs de plusieurs paroissiens, lesquels, en une fois payés, formaient 600 livres susceptibles d’être converties en rentes complémentaires, ainsi qu’il ressortait de la déclaration du 20 novembre 1708 ; elle devait avoir lieu, cette fois, en présence du duc de Saint-Simon, qui quittait La Ferté peu après (26) : « Monseigneur étant supplié de vouloir bien garder les 140 et 150 livres (de deux des legs), jusqu’à ce qu’il se soit trouvé occasion de les constituer (en rentes) pour les distribuer au vicaire, lequel Seigneur Duc, à ce présent, a bien voulu l’accorder et a reconnu avoir les sommes entre ses mains, et promis de servir l’intérêt jusqu’à ce qu’il lui soit donné occasion de les substituer... dont toutes les parties sont convenues encore, et a mondit seigneur paraphé les susdites... »

On parvenait donc à dégager quelques 200 livres annuelles, auxquelles s’ajoutait la somme provenant de la fondation de Marie Gaultier, maintenue jusqu’en 1714. A cette date, en effet, elle devait s’interrompre sous la forme de la rente sur les Aydes et Gabelles, en vertu du rachat royal ; il devenait effectif le 11 août 1714 et devait donner lieu à un acte, en lui-même banal, s'il n’avait pas mis en scène derechef les « bourgeois et habitants de la Ferté » (27). L’opération se traduisait dans les faits par un remboursement global des mille livres de principal à leur profit : « le sieur Claude de Maubreuil, intendant des maisons et affaires de Mgr. le duc de Saint-Simon, demeurant en l’hôtel dudit seigneur, rue des Saint-Pères, agissant comme fondé de procuration spéciale des curé, bourgeois  et habitants du bourg de La Ferté-Arnault » dont la liste et les signatures figurent sur l’original passé devant Pye, tabellion juré de La Ferté, le 5 du présent mois, la signature du prieur curé, « Le Peltier », précédent celles de ses plus notables ouailles (28). En vertu de ces dispositions et sans doute grâce à la vigilance et à la contribution de la duchesse de Saint-Simon, qui se montrera attentive à cette question jusqu’à sa mort, il semble que la cité n’ait plus manqué de vicaire jusqu’à la disparition du duc lui-même, puisqu’à Gardin succédèrent Pye en 1715, Nicolas Hébert en 1720, Chandelier en 1724, Morel en 1727, Guillaume Dugué en 1730, Nicolas Gallée en 1733, Marye en 1730, Jean-Charles Paris dont la commission épiscopale fut enregistrée le 19 juillet 1740 (29), puis Magin en 1747. Il est curieux de constater cependant que, marginalement, Bernard Schleindwin « ancien officier du duc de Saint-Simon », et ancien gouverneur de ses deux fils, devait se préoccuper d’établir:  « une fondation pour un maître d’école, comprenant 200 livres de rente annuelle, à prendre sur la terre de Sauveloup acquise par le duc de Ruffec », fils aîné du mémorialiste, lequel faisait bénéficier du revenu, le vieil homme retiré à La Ferté (30) ; en témoigne encore le Registre paroissial du lieu, à la date du 28 octobre 1731 (série E,GG-32), où fut enregistré le sommaire du contrat.

Qu’il se soit déterminé en raison de la précarité ou de l’insuffisance de récole presbytérale, peut-être surchargée, le fait est que pour cette création, due à la libéralité particulière d’un donateur, l’usage était que le magister ou régent lié par contrat à la paroisse, soit désigné par l’assemblée des habitants, sous l’étroit contrôle du curé ; aussi celui-ci proposait-il un de ses auxiliaires chargés des offices subalternes de l’église, sacristain ou chantre, sauf à choisir un laïc dont les occupations devaient être, plus théoriquement que pratiquement, compatibles avec une telle fonction d’enseignement (31).

Eu égard à la remise en cause très fréquente des dispositions financières relatives à ces petites écoles de garçons, presbytérales ou non, on conçoit que celles qui avaient trait à celles des filles, exclues d’office des premières, depuis l’ordonnance de 1641, étaient plus aléatoires encore. L’abbé Fénelon, devenu M. de Cambray, véritable précurseur en ces matières, n’assurait-il pas que « rien n’était plus négligé que l’éducation des filles... parce qu’on suppose qu’on ne doit donner à ce sexe que peu d’instruction » (32), même dans les sphères sociales élevées ; c’est assez dire ce qu’elle pouvait être en milieu rural!

 Contemporaine de Madame de Maintenon et si proche des Beauvillier, dont Fénelon fut précepteur des filles avant de l’être des Enfants de France, la duchesse de Saint-Simon ne laisse pas d’avoir partagé ce souci, au point de prévoir une fondation adéquate, dès 1723, dans le testament qu’elle rédigea au cas «  qu’il n’y ait pas été pourvu de son vivant » ; à savoir : « qu’on achète des fonds dans la terre de La Ferté pour en avoir pour 150 écus (450 livres) de rente pour continuer à y avoir des sœurs de charité, dont il y en aura une qui sera obligée d’instruire et apprendre à écrire aux filles de cette paroisse ». Cela ne faisait que perpétuer la création de l’hospice fondé en 1720 et doté initialement de 1050 livres de rente, une seconde clause de 600 livres pour les médicaments et nourriture, complétant la première à cet effet. Une troisième fondation avait trait à l’importante question du vicaire: « à charge d’instruire les garçons de la paroisse, soit un fonds de 100 écus (300 livres), étant entendu que s’il ne se trouvait plus de sœurs, ni de vicaire à son décès, les sommes (iraient) au soulagement des malades et honteux du lieu » (33).

Il est émouvant de constater que le duc, veuf en janvier 1743, se fera un devoir de souscrire aux volontés exprimées par une épouse, qui l’en suppliait expressément, en dépit de la détérioration croissante d’une situation financière qui conduisit à placer ses biens et revenus sous le contrôle d’une direction de créanciers. Les comptes infiniment complexes que devait en dresser son notaire Delaleu (34) mettent en lumière les généreux versements de Saint-Simon, dont la dernière lettre connue, d’octobre 1754, n’avait trait qu’aux 2000 livres d’aumônes destinées à son curé de La Ferté : « Monseigneur le duc a payé aux sœurs de La Charité 8555 livres depuis le 1er juillet 1747 jusqu’au 2 mars 1755, des 1050 livres de rentes perpétuelles à elles léguées par la duchesse de Saint-Simon, étant observé que les arrérages en ont été payés depuis par les seigneurs et dame de Valentinois héritiers,… il a payé 1050 livres pour les honoraires, à raison de 300 livres par an, d’un vicaire à La Ferté, aussi fondé par ladite duchesse, du 1er juillet 1747 au dernier décembre 1750,  étant  observé  que  depuis  janvier  1756,  il  n’y  a  point  eu  de  vicaire  à La Ferté ».

La ville en sera pourvue derechef en 1765, M. de Laborde se trouvant propriétaire du domaine ducal depuis juin 1764, et les nominations se succèderont jusqu’à l’interruption due à la Révolution, après la mort du duc de Penthièvre, dont la bienfaisance sans limites lui vaudra, quant à lui, d’être épargné physiquement par la tourmente. Le duc de Saint-Simon qui n’avait pas laissé d’en percevoir les signes avant-coureurs, sans en imaginer l’horreur et l’ampleur, ne bénéficia pas, de façon posthume il est vrai, des mêmes, encore que relatifs, égards. Quarante années à peine, après avoir été conduite par maître Gérard Duhan, son dernier curé desservant dans le caveau de la Résurrection de l’église de La Ferté-Vidame (35), la dépouille mortelle du mémorialiste, avec celle de son épouse tant regrettée fera l’objet des profanations que l’on sait ; n’est-il pas permis de songer que les intentions de ceux dont fut ainsi dévastée la sépulture rejoignent en bien des points certaines clauses des cahiers de doléances. En écho des méritoires efforts des seigneurs de La Ferté, n’y lit-on pas, çà et là, qu’il était à souhaiter « rétablissement de maîtres et de maîtresses d’école dans les campagnes  pour donner des leçons gratuitement », voire «  des secours aux malades pauvres, sauf à leur adjoindre une sœur de charité pour les soins » (36).

Long encore devait rester le chemin à parcourir pour que soit «  créée une instruction commune à tous les citoyens, gratuite, à l’égard des parties d’enseignement indispensable pour tous les hommes », suivant la lettre de l’article 4 de la Constitution du 4 septembre 1791 : « Les écoles primaires en formant le premier degré, les personnes chargées de renseignement s’y appelleront Instituteurs », suivant l’article 1er du projet de Marie-Joseph Chénier, adopté à la Convention le 12 décembre 1792 (26) ; c’était les faire les modernes héritiers des maîtres de « petites écoles », dont l’existence, en dépit d’une imperfection souvent manifeste, n’en était pas moins à mettre au bénéfice des seigneurs, dont beaucoup, tel Saint-Simon, avaient la plus haute conscience des obligations inhérentes à leur état.

François Formel
Docteur de l’Université Paris-Sorbonne